Page 1 sur 3
Mauvais temps
Publié : lun. avr. 08, 2002 7:59 pm
par Osmose
Bonjour,
dans d'autres sujets sur ce forum, j'ai lu certains avis, rapidement exprimés car le sujet était autre, concernant la conduite à tenir dans le gros temps, et plus précisément que vous préconisiez de rester au prés plutôt que de fuir.
J'aimerais beaucoup l'avis et les retours d'expérience de chacun à ce sujet.
Lorsque vous préconisez de ne pas fuir dans le mauvais temps, qu'appelez vous mauvais temps ? 35, 45, 55 noeuds ? Est-ce un conseil théorique, ou avez-vous comparé les 2 techniques ? Pouvez-vous argumenter, expliquer ? Et les autres, quelles sont leurs expériences ?
Perso, je n'ai vécu qu'un seule fois du vrai mauvais temps (anémo bloqué à 55 noeuds pendant de longs moments, mer déferlante). Je ne vois pas bien comment j'aurais pu faire autre chose que fuir, ce que je fis, sous tmt seul.
J'espère vos avis avec impatience.
Mauvais temps
Publié : mar. avr. 09, 2002 10:35 am
par Barry
Salut mon cher Osmose,
Voilà un sujet qui me passionne, parce que j'ai appris à naviguer dans une zone où les vents moyens sont de 40 noeuds. Cette zone, certains la connaissent certainement, est le Golfe du Venezuela. Parfois plat comme une affiche, sans vent et sous un soleil brulant, cette mer, dont la surface est similaire à celle du Golfe de Gascogne, est comparable à une poële. Elle ne fait que quelques mètres de profondeur, et l'on s'y rend par un chenal balisé, où passent les plus gros pétroliers du monde.
J'ai fait la "sortie du Golfe", au total une dizaine de fois, entre 14 et 20 ans, avec des voiliers allant de 30 à 41 pieds, soit en polyester, soit en acier. Sortir du Golfe, avec les vents dominants, signifie passer entre 20 et 35 heures à environ 30° du vent. Comment fait-on ? On grée la GV avec deux ris, et on monte soit un tourmentin, soit un foc de 70 à 80%. La pire des sorties (la dernière que j'ai faite), s'est vue ponctué par un arrêt quasi obligatoire, dans un petit port de la côte, pas tout à fait à mi-chemin entre Maracaibo et Aruba. Pourquoi ? Parce qu'on avait 60 noeuds de vent et plus de 10 m de creux. De vrais mûrs d'eau, tout aussi impressionnants que ceux qui peuvent se lever face aux passes du bassin d'Arcachon, quoi que moins rapides (pas de courant). Comment ça se fait ? Simple : remontée importante du fond avant le Golfe et pas de fond dans le Golfe le tout avec des vents soutenus et réguliers (forts).
Dans ce cas, qui est assez anecdotique, mais suffisamment extrême pour être pris en exemple, il est moins dangereux de pointer droit dans le vent que de se mettre au portant. Si une vague venait à se refermer sur le voilier, en étant au portant, elle le coulerait en quelques secondes (parce qu'elle le prendrait par la poupe). D'un autre côté, puisque la sortie se fait par un chenal, on n'a pas le choix : soit on est à 30° du vent, soit on est à 200 / 220°...
Pourquoi arrive-t-on à pointer si haut et avancer tout de même ? Il n'y a pas de secret. Le coucou aide, en le mettant à 60% de son régime de croisière, et on fait 3 noeuds. Le problème dans cette nav, plus que le vent, extrêmement fort, j'en conviens, est les lames d'eau levées vers le ciel. Au portant, lorsqu'elles ne "tombent" pas dans le voilier, elles le portent vers le haut, atténuant ainsi au fur et à mesure l'effet du safran dans l'eau. Le bateau devient assez incontrôlable, et part en travers du vent, moment où évidemment, le vent parvient à coucher le bateau. Cela n'arrive pas au près serré, car dès que le bateau part au lof, les voiles perdent évidemment de leur effet.
Ca, c'est ce qui concerne la nav avec un cap imposé, ce qui est somme toute assez rare. Dans la plupart des cas, on n'est pas tenu par les bouées d'un chenal, dans des vents pareils. Alors, ma technique est de "gérer" au coup par coup, l'effet vent et l'effet vague. Souvent, dans une mer forte, les vagues ne sont pas régulières et attaquent le voilier de tous côtés. Il devient donc plus important de "sécuriser" que de tenir un certain cap. Ma technique a deux avantages : elle me permet de conserver le contrôle de mon voilier, car les embardées sont plus fonction des vagues que du vent. Elle me permet également de mieux négocier avec chaque grosse vague qui arrive : "celle-ci je la coupe" ou "sur celle-ci je monte", etc... évidemment, la théorie et la pratique sont différentes.
Cette méthode est simple, comme je l'ai dit dans le sujet sur le tourmentin. J'enroule complètement le génois, et je fais route à 50 / 60° du vent, barre à la main, sous GV entièrement risée (2 ris en ce qui concerne mon voilier). Il est hors de question de confier ça à un pilote, qui d'abord ne ferait pas son travail, et qui ne pourrait négocier les vagues, évidemment. Lorsque tu te trouves au cap cité, tu vas régler ta GV pour que ton voilier ne passe pas au delà de 40° de gîte à 60° du vent, et pour qu'elle loffe à 50°. Si ton voilier se maintient régulièrement entre - 10 et + 25° de gîte, alors tu peux mettre en route ton coucou, pour la production d'énergie, et / ou pour caler un peu plus le voilier dans la mer (le faire aculer un peu éventuellement (attention, ça n'est faisable qu'avec un inboard évidemment). En fait, ce cap, évite que les vagues "s'écrasent" dans le cockpit, et apporte un minimum de confort de navigation (tout est relatif), ce qui sécurise l'équipage que tu as enfermé en cabine.
La fuite, on peut la pratiquer dans certains cas, avec certains voiliers. Le mien par exemple, subirait assez facilement ce fameux effet spin-out, où le safran ne fait strictement plus aucun effet dans l'eau. Très dangereux, car si tu cumules le fait de coucher le voilier avec des vagues déferlantes, tu augmentes de beaucoup les risques de te faire remplir ton voilier.
Voilà, c'est uniquement un avis ! La meilleure des techniques, évidemment, est celle avec laquelle on se sent le mieux, et celle qui apporte le plus de sécurité. Les choses sont bien sûr toujours fonction de l'état des lieux, du voilier et de son équipage. Dans tous les cas, à ce stade, je me fous complètement de tenir un bon cap, où une bonne vitesse. Je fais route tranquilement et attends que ça se passe, n'étant pas véritablement partisan du 'on s'enferme dans la cabine'.
T'ai-je correctement renseigné ?
J'attends tes réactions et celles des autres participants également. Désolé encore une fois d'avoir été long.
Bon vent !
Barry.
Mauvais temps
Publié : mar. avr. 09, 2002 2:03 pm
par Matth.du
Le seul gros coup de vent que je me suis tape c t lors de la remonte de propriano vers ajaccio on a eu entre 30 et 45 noeuds de vent et des murs d'eau, deferlant pas endroit, de 8m ...
le bateau etait un oceanis 321, un bateau de location (soit dit en passant, le loueur que je ne citerais pas, nous a contraint a revenir ce soir la !! sinon "je vous compte une journee de retard plein tarif" alors qu'au depart il disait "prener soin de vous le bateau on s'en fou ..."
petite precision on etait tous des habitue de la voile (pas de debutant, dtf on n'aurait pas pris la mer avec un debutant a bord ce jour la, tant pis pour le fric a verser en + au loueur)
on est partis de propriano le matin vers 10h dehors ca souflait deja a 4 - 5 avec des creux de 5 - 6 m (la meteo annoncait un petit 6 avec rafale et grosse houle) sous GV enrouler 1/2 et genois enrouler de 2 tour
2 h apres on etait sous GV enrouler au 3/4 et gegene au 2/3 au pres sere et bien sur on avancait pas ...
finalement demi tour grd largue en faisant attention au deferlante pour eviter de transformer le bateau en baignoire on est partis se refugier ds un petit port ou un formidable steak frites nous attendait :smile:
vers 8 h du soir nous sommes repartis (au moteur)le vent aillant molis (un gros 6) mais avec moins de mer ...
arriveee ds la bais d'ajaccio on a derouler le gegene et on c taper des pointes a 13 noeuds
bref, par moment on etait a 2 doigt de pisser dans notre froque (ca doit pas s'ecrire comme ca) perso j'avasi jamais vu des murs d'eau aussi haut ...
pour finir on est arriver a 1 h du mat a ajaccio, je sais pas si vous avez deja essayer de trouver l'entree du port d'ajjacio de nuit, mais amuser vous a choper les feus de l'entree du port entre les bistrots, les voitures , le remblai, et hop qd on commence a compter 1 , 2 , 3 et hop on voit plus rien on viens de se retrouver ds le creux de la vague , on remonte et hop on recommence, 1, 2 , 3 et hop c t un connard ki faisait des appels de phares ... bref on a du mettre une bonne petite heure pour trouver l'entree du port
Puis le temps de raconter au copain (on etait 3 bateaux) nos peurs respectives, se remetrre de nos sensations fortes, et de remettre l'interieur du bateau en etat (c t le bordel ... y avait plus rien a sa place) on c fait mijoter une paiella ds le port d'ajaccio sur les coups de 3 h du mat un delice
@+ Matth
Mauvais temps
Publié : mar. avr. 09, 2002 2:32 pm
par vichenzo
Salut,
Une expérience de débutant (2 ième sortie), force 6 avec grand génois et grand voile en grand ! Oui messieurs, on n'est pas des nouilles à Arcachon. Madame a eu très peur et les enfants n'en parlons pas. Mais heureusement, personne n'est dégouté. Nous connaissons maintenant la différence entre un foc et un génois et ce que veut dire prendre un ou deux ris ! Du coup le we suivant nous étions sans voile d'avant et grand voile avec un ris et ... force 2 !!
Bon plaisanterie à part, notre expérience est à venir, mais c'est un sujet qui inquiète lorsqu'on débute. Votre expérience est très interessante à lire, continuez.
A+
Vichenzo
Mauvais temps
Publié : mar. avr. 09, 2002 2:36 pm
par andreas10
Salut,
tu voit osmose, ton sujet m'interesse pour les raison que tu connais. je me suis taper pas mal de mauvais temps. alors au pret ou au portant ? Bonne question. je pense qu'il y a pas de reponse universel ni un conseil precis. J'ai traverser la mer Ionien de Messina pour aller en Grece une fois avec une force 8 dans la geule et cela pendant 48 heures. J'etais loin des cotes heureusement et il faut rester si possible loin de la cote. La cote presente le danger par gros temps. Il y a du resac de la cote qui te leve une mer confus et pas maniable. Donc reste au large. Le pres rest tres bien supportable jusqu'a une certaine force de vent de de mer. Quand elle deferle avec peu de distance entre les vagues, attention au bateau. ideal est de lofer en montant la vaguer et abbatre sur son dos pour pas tomber dans le creux derierre. Cela peut en effet casser le bateau. Si ca dure. La fuite est tres envisagable si il ya de l'eau a courir et si la mer est bien allonger. Il existe des coups de vent Force 7/8 avec mer grosse mais sans deferlantes. Cela uniquement en haute mer. Fuite sous trinquette, tourmentin ou Gegene seul. Pas de grand voile. Car sur la pluspart des voiliers la GV fait enfourner le bateau, pas le Gegene. Pas etre seul sur le pont me semble tres important. Harnais obligatoire. Pas de vitesse excessif non plus. ne pas decendre de la vague dans son axe, mais legerment, legerment en paralel. si non, tu risqu ede te planter sur celle qui te precede.
Au pres, il est important de trouver un equilibre entre GV et gegene. Doubler les ecoute du Gegene est une securite supplementaire. Faire route tant qu'on peut.
Faire gaffe de ne pas dechirer les voiles.
Mon experience m'a montrer que le gros temps n'a jamais le meme visage et l'option adapter la fois d'avant n'est pas valable pour une autre.
J'ai eu mon plus grand plaisir en voile par gros temps. Il y a un an, j'ai traverser la Mer Thyrenniene du Cap Corse pour Lipari avec une force 8 dans le cul. Sous Genois seul a 1/3 derouler , sans deferlants, vitesse 9 à 13 noeuds dans les surfs. et cela pendant 30 heures. Fantastique et sans rique. le vent etait stable, la mer tres allonger. Super
A+
Mauvais temps
Publié : mar. avr. 09, 2002 2:50 pm
par Osmose
Bonjour Matt.
En effet, Ajaccio de nuit la première fois, c'est rigolo.
Merci pour ce récit. Cependant, sans vouloir sembler désagréable, je ne savais pas qu'on pouvait rencontrer 8 mètres de creux avec 40 noeuds de vent. Je ne sais pas si tu te rends compte de ce que c'est, 8 mètres ! D'où vient cette information sur la hauteur de vagues ?
Merci.
Mauvais temps
Publié : mar. avr. 09, 2002 2:59 pm
par Matth.du
je vois tres bien ce ke font 8 m ....
le journal local du lendemain matin qui annoncait la disparition d'un coupe lors de ce coup de vent :frown:
Mauvais temps
Publié : mar. avr. 09, 2002 2:59 pm
par Osmose
Merci Andreas,
je suis d'accord avec tout ce que tu dis (sauf que 7, c'est grand frais, pas coup de vent, mais c'est un détail).
Un de mes souvenirs les plus intenses :
je me suis fais prendre avec un équipage presque entièrement débutant entre Minorque et Marseille par un Mistral non annoncé. Le vent a atteind la force 8 en moins de 5 minutes, la grand voile a laché de toutes ses coutures, et je suis parti en fuite sous TMT seul, avec un bateau de 10 mètres et 6 équipiers malades. Dans la nuit, l'anémo s'est bloqué à 55 n, et il restait bloqué pendant plusieurs dizaines de secondes. Ca déferlait méchant, le bateau dépassait 8 noeuds sous TMT. Nuit difficile, sans dormir, seul sur le pont. Vers 11 heurs du matin, le vent s'est calmé (6 -7) et la mer, toujours grosse, a cessé de déferler. Et c'est alors, dans le soleil, que j'ai vu des dauphins sortir de l'eau en haut de la vague, rester en l'air pendant peut-être 3 ou 4 vraies secondes, et retomber dans le creux, près de bateau. C'était magnifique, j'oublirais jamis.
Mauvais temps
Publié : mar. avr. 09, 2002 3:01 pm
par Matth.du
oups mes doigt se sont melange
je voulais dire la disparition d'un couple de personnes :frown:
malheureusement la mer sera tjrs plus forte que n'importe qui ...
Mauvais temps
Publié : mar. avr. 09, 2002 3:02 pm
par Osmose
Matt, je ne met pas en cause la réalité du coup de vent ! Je te dis simplement que 8 mètres de creux avec 40 noeuds de vent, c'est beaucoup. Disons que c'est hors norme.
Amicalement.