Le bateau idéal
Publié : mer. mai 07, 2003 9:37 pm
Au cours d'années de navigation , j'ai remarqué qu'il se dégageait chez la majorité des navigants de plaisance deux grandes catégories:
les Français
les Anglais
Les premiers sont plutôt intellectuels, un tantinet dogmatiques: ils définissent le bateau idéal, sont imbattables sur le contenu des revues nautiques, sont fascinés par les zinzins électroniques et les gadgets , critiquent tout, voire les plus grands, passent des heures de mer confortablement installés devant leur poste de télévision, accumulent ainsi un somme de connaissances considérables et définissent le bateau idéal: grand, putôt couteux, suréquipé, un rêve, quoi!
Malheureusement, le budget ne suit pas toujours. Mais parfois, un jour lointain on les voit , rassis et fatigués, avec une moindre fraîcheur de leurs rêves, acquérir enfin la merveille qui les mênera, espérons-le, une ou deux fois l'an, de Cannes aux îles de Lérins, ou de La Rochelle à Saint Martin de Ré, s'il reste de la place dans le port. Et s'ils ne poussent pas la déraison jusqu'à de telles extrémités (Madame ne manquera pas de les rendre conscients de la futilité d'une activité aussi vainement coûteuse) ils continueront à naviguer avec bonheur sur un siège qui ne bouge pas, contemplant des mers démontées qui ne leur font pas perdre leur assurance.
les seconds rêvent aussi; Mais, quoique héritiers d'une grande tradition maritime, ils sont bien terre à terre: lorsqu'ils n'ont pas de grands moyens financiers, ils n'attendent pas, ou alors le moins possible et mettent à la voile avec ce qu'ils ont, fût-ce un ancien bateau de pêche, un vieux canot de sauvetage, un drakkar de cinéma, un voilier fait en bois de caisse d'emballage, etc..grée à la va-comme-je te pousse, équipé avec du matériel de surplus de la guerre 1940-1945 (1)
et n'attendent pas les rhumatismes pour vivre leurs rêves de mer!
Je n'émets pas de jugement: la navigation de plaisance est ( ou devrait n'être qu') une activité de plaisir, à la hauteur du coût, des soucis, des efforts, des contraintes qu'elle implique: j'ai vu des gens parfaitement heureux de venir quelques demi-journée piqueniquer sur leur voilier solidement et définitivement amarré dans un port.
Mais les Anglais m'ont beaucoup appris, et , quoi que très ouvert à tout argument, j'attends encore celui qui me fera admettre qu'il vaut mieux rêver jusqu'à ce que mort s'ensuive au voilier parfait, plutôt que se loger plus ou moins mal dans un vieux "Muscadet", voire un "Corsaire" pour s'y émerveiller de la Bretagne ou de la Galice.
un dernier souvenir: un merveilleux bateau avec chaîne stéréo, four à micro-ondes, climatisation, radar, radio , sondeur dans tous les sens, navigation automatique ( gps couplé la barre) et j'en oublie: le propriétaire passait des heures à contrôler les problèmes électriques, ce dont son épouse le blâmait ( on se demande pourquoi, sans-doute lui fallait-elle une raison ), l'équipage s'ennuyait à mourir (même les winch et l'enrouleur de foc fonctionnaient en appuyant sur des boutons: il n'y avait quasiment rien à faire pendant des heures). Le premier jour, l'équipage essayait de faire bonne figure, après l'émerveillement des premiers instants, le deuxième, tout le monde '"faisait la tronche", le troisième des "mots "partaient et cela vira franchement au mauvais. Le quatrième jour, à l'escale de Port Tudy, je me glissai discrètement et disparus pour de bon dans le côtre d'un vieux pote, suite à l'invitation, fort opportune, à un apéritif breton, festivité qui, comme chacun sait, peut durer un certain temps.
(1)quelques exemples que j'ai réellement vus, au cours de diverses escales.
les Français
les Anglais
Les premiers sont plutôt intellectuels, un tantinet dogmatiques: ils définissent le bateau idéal, sont imbattables sur le contenu des revues nautiques, sont fascinés par les zinzins électroniques et les gadgets , critiquent tout, voire les plus grands, passent des heures de mer confortablement installés devant leur poste de télévision, accumulent ainsi un somme de connaissances considérables et définissent le bateau idéal: grand, putôt couteux, suréquipé, un rêve, quoi!
Malheureusement, le budget ne suit pas toujours. Mais parfois, un jour lointain on les voit , rassis et fatigués, avec une moindre fraîcheur de leurs rêves, acquérir enfin la merveille qui les mênera, espérons-le, une ou deux fois l'an, de Cannes aux îles de Lérins, ou de La Rochelle à Saint Martin de Ré, s'il reste de la place dans le port. Et s'ils ne poussent pas la déraison jusqu'à de telles extrémités (Madame ne manquera pas de les rendre conscients de la futilité d'une activité aussi vainement coûteuse) ils continueront à naviguer avec bonheur sur un siège qui ne bouge pas, contemplant des mers démontées qui ne leur font pas perdre leur assurance.
les seconds rêvent aussi; Mais, quoique héritiers d'une grande tradition maritime, ils sont bien terre à terre: lorsqu'ils n'ont pas de grands moyens financiers, ils n'attendent pas, ou alors le moins possible et mettent à la voile avec ce qu'ils ont, fût-ce un ancien bateau de pêche, un vieux canot de sauvetage, un drakkar de cinéma, un voilier fait en bois de caisse d'emballage, etc..grée à la va-comme-je te pousse, équipé avec du matériel de surplus de la guerre 1940-1945 (1)
et n'attendent pas les rhumatismes pour vivre leurs rêves de mer!
Je n'émets pas de jugement: la navigation de plaisance est ( ou devrait n'être qu') une activité de plaisir, à la hauteur du coût, des soucis, des efforts, des contraintes qu'elle implique: j'ai vu des gens parfaitement heureux de venir quelques demi-journée piqueniquer sur leur voilier solidement et définitivement amarré dans un port.
Mais les Anglais m'ont beaucoup appris, et , quoi que très ouvert à tout argument, j'attends encore celui qui me fera admettre qu'il vaut mieux rêver jusqu'à ce que mort s'ensuive au voilier parfait, plutôt que se loger plus ou moins mal dans un vieux "Muscadet", voire un "Corsaire" pour s'y émerveiller de la Bretagne ou de la Galice.
un dernier souvenir: un merveilleux bateau avec chaîne stéréo, four à micro-ondes, climatisation, radar, radio , sondeur dans tous les sens, navigation automatique ( gps couplé la barre) et j'en oublie: le propriétaire passait des heures à contrôler les problèmes électriques, ce dont son épouse le blâmait ( on se demande pourquoi, sans-doute lui fallait-elle une raison ), l'équipage s'ennuyait à mourir (même les winch et l'enrouleur de foc fonctionnaient en appuyant sur des boutons: il n'y avait quasiment rien à faire pendant des heures). Le premier jour, l'équipage essayait de faire bonne figure, après l'émerveillement des premiers instants, le deuxième, tout le monde '"faisait la tronche", le troisième des "mots "partaient et cela vira franchement au mauvais. Le quatrième jour, à l'escale de Port Tudy, je me glissai discrètement et disparus pour de bon dans le côtre d'un vieux pote, suite à l'invitation, fort opportune, à un apéritif breton, festivité qui, comme chacun sait, peut durer un certain temps.
(1)quelques exemples que j'ai réellement vus, au cours de diverses escales.